C’est la voix qui est derrière de nombreux génériques marquants de ces dernières années — A Certain Scientific Railgun T, DanMachi, JoJo’s Bizarre Adventure: Stone Ocean, Ishura — sajou no hana a accepté de se confier à nous pour sa toute première interview en France. Née en 2018 sous la forme d’un trio aux côtés de Shō Watanabe et Tatsuya Kitani, elle poursuit aujourd’hui l’aventure en solo, tout en gardant l’esprit collectif qui a façonné ses débuts. Entre le souvenir ému de la création de « 青嵐のあとで« , sa vision très personnelle de l’écriture pour l’anime, et une révélation touchante sur son propre lien avec la France, elle nous livre ici une interview d’une grande sincérité
Question 1 — Pour les lecteurs français qui vous découvrent, comment décririez vous l’identité musicale de sajou no hana en un mot ?
Une musique où se mêlent force et émotions délicates.
Question 2 — Le projet est né en 2018 comme un trio avec Watanabe Shō et Kitani Tatsuya, et vous êtes aujourd’hui seule à sa tête. Comment avez-vous vécu cette transition vers un projet en solo ?
Le passage à une formation solo avait pour objectif d’élargir davantage les possibilités de Sajou no hana. Je me suis donc dit que cela me permettrait justement d’être plus libre dans mes déplacements et d’aller donner des concerts dans différents endroits et différents pays !
Cela dit, comme Sajou no hana était à l’origine un groupe, je tenais à continuer à proposer mes concerts en solo dans une configuration avec un groupe de musiciens.
Par ailleurs, comme auparavant je confiais la création des morceaux à Shō Watanabe et Tatsuya Kitani, j’ai énormément appris grâce à eux. C’est aussi pour cette raison que j’avais envie de m’impliquer davantage moi-même dans la création, notamment en écrivant les paroles.
Question 3 — Vous avez interprété l’ED « 青嵐のあとで » de A Certain Scientific Railgun T — quel souvenir gardez-vous de la création de ce titre ?
Lorsque j’ai reçu pour la première fois la démo de « 青嵐のあとで », j’ai été profondément touchée par la beauté des paroles et par la mélodie, qui dégageait quelque chose de nostalgique.
Je me suis dit que j’aurais aimé, moi aussi, connaître une période scolaire aussi belle. C’est ainsi qu’est née cette chanson douce-amère, dans laquelle j’ai voulu exprimer cette aspiration à une jeunesse aussi belle, et j’espère qu’elle saura vous transmettre, à vous aussi, des émotions fortes.
Cette chanson est très appréciée par les fans, mais je l’aime moi aussi énormément. Je me souviens même qu’après avoir terminé l’enregistrement, je l’ai fait écouter pour la première fois à mes amis en leur disant : « Écoutez ça ! », et que je l’ai fait écouter à plein de gens.
Alors que d’habitude, je suis plutôt timide et je ne fais absolument jamais ça ! (rires)
Question 4 — Vous avez enchaîné de nombreux génériques marquants (DanMachi, JoJo’s Bizarre Adventure: Stone Ocean, Isura…) — comment abordez-vous chaque nouveau projet pour vous adapter à l’univers d’un anime différent à chaque fois ?
J’ai la chance de pouvoir travailler sur des anime très variés, et je ressens toujours beaucoup de joie à pouvoir exprimer des univers aussi différents.
Même si l’univers de chaque œuvre est différent, je pense qu’au fond, ce qui est essentiel dans chacune d’elles, ce sont les émotions humaines. Je cherche donc des points communs entre le personnage principal et moi, et c’est à partir de là que j’écris les paroles et que je construis mon interprétation.
Pour le chant, en revanche, je veux surtout répondre à ce que l’œuvre attend réellement de moi.
Pour une œuvre de combat, par exemple, je pense qu’une interprétation puissante et percutante convient davantage. J’écoute donc notamment des morceaux de groupes de rock masculins pour m’en inspirer.
À l’inverse, lorsqu’il s’agit d’un thème de fin qui exprime les émotions d’un personnage féminin, je privilégie une interprétation qui laisse toute leur place à des paroles douces. J’essaie alors de ne pas trop chercher à tout contrôler et de préserver ce qui vient naturellement de moi.
Les chansons de séries de combat s’appuient sur des expériences qu’on rencontre rarement dans la vie quotidienne, alors je me sers beaucoup de mon imagination pour me mettre dans cet état d’esprit. C’est donc toujours très amusant ! (rires)
Question 5 — Dans la deuxième partie de Ishura, votre thème de fin côtoyait le générique d’ouverture de Mayu Maeshima. Dans Whisper Me a Love Song, votre thème de fin s’est également retrouvé aux côtés du générique d’ouverture de ReoNa. Même sans travailler directement ensemble, comment vivez-vous ce genre de « rencontre » à travers les chansons d’un même anime ?
Comme nous partageons souvent nos impressions sur X tout en regardant les épisodes, un sentiment de camaraderie naît naturellement entre nous, et c’est vraiment amusant de pouvoir soutenir une même œuvre ensemble !
Je trouve également très intéressant que, même lorsque nous puisons notre inspiration dans la même œuvre pour créer nos chansons, nous finissions par obtenir des morceaux complètement différents.
Question 6 — Qu’est-ce qui vous inspire le plus au moment de créer une chanson pour un anime : l’histoire, les personnages, l’ambiance visuelle ?
Cela dépend s’il s’agit d’un générique d’ouverture ou de fin !
Pour un opening, puisqu’il représente en quelque sorte le visage de l’œuvre, j’essaie de ressentir l’histoire dans son ensemble ainsi que l’atmosphère des images.
À l’inverse, pour un thème de fin, l’équipe de production de l’anime me demande souvent de me concentrer sur un personnage en particulier. Je cherche donc les points communs entre ce personnage et moi.
Question 7 — Depuis vos débuts en 2018, votre manière de chanter ou de composer a-t-elle évolué ?
À mes débuts, j’ai reçu de nombreux conseils de Shō Watanabe et Tatsuya Kitani, qui m’ont permis de construire les bases de ma manière de chanter, lesquelles sont encore présentes aujourd’hui.
Cela dit, je veux continuer à explorer ma façon de chanter sans me laisser enfermer par des idées préconçues. J’écoute beaucoup de morceaux de différents artistes pour trouver de nouvelles sources d’inspiration.
J’aime aussi personnellement écouter des chansons interprétées par des hommes, alors il m’arrive d’essayer d’y intégrer des éléments plus masculins et plus « cool ».
Je suis donc toujours en pleine recherche.
Question 8 — Y a-t-il un univers d’anime pour lequel vous rêveriez de composer ou chanter un jour ?
Made in Abyss !
J’adore absolument les univers de fantasy qui cachent quelque chose de vénéneux au cœur même de leur beauté.
J’aimerais chanter une chanson qui possède cette sensation d’un autre monde, tout en étant capable de surprendre et de faire frissonner les personnes qui l’écoutent !
Question 9 — Qu’est-ce que ça représente pour vous d’être découverte par un public français à travers cette interview ?
Lorsque je traversais une période où je me posais beaucoup de questions sur mon travail, je me suis dit : « J’ai envie d’aller vraiment très loin. » Sur un coup de tête, je suis alors partie pour mon tout premier voyage seule à l’étranger, et le pays que j’ai choisi était la France !
Lorsque j’ai découvert de mes propres yeux les magnifiques sites du patrimoine culturel que j’avais vus dans mes manuels scolaires, leur beauté et leur puissance m’ont impressionnée bien plus que je ne l’avais imaginé.
J’ai également été touchée par les efforts des personnes qui ont pris soin de préserver ces paysages magnifiques afin de pouvoir les transmettre aux générations futures.
Il y a aussi un souvenir qui m’a particulièrement marquée. Comme je ne parle pas français, lorsque j’ai voulu commander mon premier déjeuner, j’essayais tant bien que mal de me faire comprendre en utilisant des mots et quelques notions d’anglais, accompagnés de gestes.
La communication avait pourtant du mal à passer, et je me demandais pourquoi. J’ai alors appris que les personnes qui travaillaient dans ce restaurant étaient des employés ayant un handicap auditif.
Même si nous ne pouvions pas communiquer avec des mots, ils m’ont accueillie avec beaucoup de chaleur et de bienveillance, et le sourire de ces employés reste encore aujourd’hui l’un des souvenirs les plus chaleureux de mon voyage en France.
Au Japon, je n’avais pas vraiment eu l’occasion de voir des personnes ayant un handicap auditif travailler dans l’accueil ou le service à la clientèle. J’ai donc été profondément touchée de découvrir une culture dans laquelle des personnes très diverses vivent en s’entraidant et en se soutenant mutuellement !
J’ai tellement aimé la France que, deux ans plus tard, j’y suis retournée seule, cette fois pour revoir la cathédrale Notre-Dame.
Je suis donc particulièrement heureuse de pouvoir être interviewée au sujet d’un pays que j’aime autant, et je pense que je ne pourrais pas être plus heureuse si je pouvais un jour retourner en France pour y partager ma musique lors d’un concert !
Question 10 — Un mot pour les fans français qui vont découvrir votre musique ?
J’ai la chance d’avoir pu participer à de nombreux anime, et grâce à cela, j’ai énormément de chansons qui ne se limitent pas à un seul genre et qui possèdent chacune une facette différente.
C’est justement pour cela que j’ai vraiment envie que vous écoutiez toute la musique de sajou no hana !
Même si les pays et les cultures sont différents, je pense que certaines choses sont universelles : l’affection que l’on porte aux autres, la solitude, le sentiment de tristesse ou de manque, ainsi que les différentes difficultés que l’on peut rencontrer au quotidien.
Les chansons de sajou no hana dépeignent beaucoup de ces émotions profondément humaines, alors j’aimerais vraiment que vous prêtiez aussi attention aux paroles, notamment en les découvrant comme une occasion d’apprendre le japonais.
J’espère également que vous pourrez apprécier cette atmosphère nostalgique si particulière au Japon, et y trouver l’une des saveurs qui font le charme de la musique de sajou no hana.
Et je le répète encore une fois : j’espère vraiment pouvoir donner un concert en France un jour !
De la nostalgie douce-amère de « 青嵐のあとで » jusqu’à cette bouleversante déclaration d’amour envers la France — née d’un voyage en solo entrepris sur un coup de tête, et marquée par la rencontre inattendue avec des employés sourds d’un restaurant, dont le sourire reste l’un de ses souvenirs les plus chers — sajou no hana nous offre ici bien plus qu’une simple interview promotionnelle. C’est le portrait sincère d’une artiste qui puise dans l’émotion humaine, universelle, la matière même de ses chansons. Un immense merci à elle pour cette confidence si personnelle, Comme elle l’exprime elle-même avec tant de conviction : nous aussi, on espère très fort la voir un jour fouler une scène française.
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